LECTURES DE FÉVRIER

 Les auteurs russes


Lioudmila Ievguenievna Oulitskaïa née 1943 au sud de l’Oural est une femme de lettres russe. Elle se décrit comme « la dernière juive d’une famille assimilée »2. Elle suit des études de biologie. Elle est l'auteure de nombreux romans et nouvelles. Elle se consacre alors à l'écriture, d'abord pour la radio et le théâtre. Elle collabore un temps au Théâtre musical juif. Dans les années 1980, elle écrit des nouvelles. Mais il lui faudra attendre le démantèlement de l’Union soviétique pour être véritablement reconnue et publiée. Ses œuvres sont largement traduites et diffusées à l’étranger, principalement en Allemagne. En France, elle est publiée dès la fin des années 1980.

Elle reçoit de nombreux prixElle est considérée comme l'écrivaine russe vivante la plus lue à l'étranger. Son engagement politique contre le Kremlin et l'homophobie lui a valu d'être attaquée par des jeunes militants pro-Poutine en 2016.

« Funérailles joyeuses »

C'est dans son loft d'artiste à Manhattan, qu'Alik, peintre juif russe émigré, va mourir, Il est soigné par quatre femmes qui se sont dénudées pour échapper à l'atmosphère étouffante de cet été caniculaire entouré de ses maitresses et de sa femme. L’argent manque, chacun apporte ce qu'il peut, surtout des bouteilles d'alcool, les toiles traînent, un visiteur s'est endormi sur le tapis...

Alik a su recréer l'ambiance de sa Russie natale dans son atelier, une patrie chimérique qui renaît dans ce joyeux bordel et ce mélange d'irresponsabilité et de fête. Ce pays qu'ils ont définitivement quitté, dont ils désapprennent progressivement la langue, ils prennent conscience qu'ils l'ont dans leurs tripes, dans leur sang, au plus profond d'eux-mêmes.

Sa ferme veut à tout prix qu’il se fasse baptiser, Il a accepté de rencontrer un pope à condition de rencontrer également un rabbin...cela donnera un grand moment bien cocasse entre prêtre orthodoxe et rabbin

Quelques portraits savoureux de ces femmes nues ou presque,.

Nina, sa maigre épouse aux longs cheveux d'or qu'il a "rapporté" d'un voyage en Inde. Elle est un peu folle, mais elle est brave.

Valentina une ex campagnarde à la poitrine généreuse qu'il a initié à tout.

Irina Pierson, jadis acrobate de cirque et à présent avocate aux honoraires élevés. Elle a une poitrine entièrement refaite à neuf.et sa fille Maïka, surnommée Tee-shirt, gamine de quinze ans en pleine crise qui porte un tee-shirt sympa offert par Alik, le seul qui semble la comprendre

Baptisé à la va-vite alors qu'il est inconscient, enterré selon les rites israélites, il n'est à sa mort ni chrétien, ni juif, il reste profondément russe. Il adresse un message posthume à ses amis : « Allez servez à boire ! Buvons et mangeons ! Comme toujours ! Comme d'habitude » La fête, la frénésie et la bohème doivent lui survivre.

Anne

Nina Berberova (1901-1993)

Née à St Petersbourg dans une famille de la bourgeoisie, d’un père arménien et d’une mère russe, Nina émigre en 1922 avec son compagnon, le poète Vladislav Khodassevitch. Après Saarow, chez Maxime Gorki, Marienbad et Sorrente, le couple arrive à Paris en 1925. Nina travaille comme journaliste dans une revue pour les émigrés russes, très nombreux à Paris. Elle commence à écrire les Chroniques de Billancourt, de courts récits mettant en scène ces immigrés dont beaucoup travaillaient aux usines Renault et vivaient aux alentours.

Le talent de Nina n’est pas reconnu en France et elle part aux Etats-Unis en 1950 où elle enseigne la littérature russe à Yale. Elle publie plusieurs courts romans dont les héros sont toujours des émigrés russes de la première génération, son œuvre est saluée par la critique et elle rencontre enfin le succès. Mais il faudra attendre les années quatre-vingts pour que Nina soit traduite et publiée en France.


 Son roman le plus connu est « 
l’Accompagnatrice » histoire d’une jeune pianiste de condition modeste au début de la révolution russe. Recommandée pour accompagner une cantatrice, elle découvre un milieu bourgeois aisé qui vit très confortablement au milieu de la souffrance du peuple. Ce conflit de classe entre les deux personnages principaux est une métaphore de la révolution russe. La cantatrice et son mari finiront par émigrer à Paris entraînant avec eux l’accompagnatrice. Après le suicide du mari et le départ de la cantatrice pour l’Amérique, elle reste en France, avec le sentiment de n’être plus rien.

Chroniques de Billancourt – Actes sud

Récits de l’exil (l’Accompagnatrice, Roquenval, le Laquais et la putain, Astachev à Paris, la Résurrection de Mozart, De cape et de larmes, le Roseau révolté, le Mal noir) – Actes sud

Annette


Tchekov

Tchekhov est davantage connu comme auteur de pièces de théâtre.

C’est un roman (plutôt court, mais trop long pour une nouvelle) écrit en un mois (de janvier à février 1888) . L’auteur n’est pas satisfait de son œuvre quand il commence à écrire, mais quand elle est aboutie, il la considère comme son chef d’œuvre !


« La steppe » 

C’est le récit d’un voyage à travers la steppe ; le principal protagoniste est un enfant de 9 ans qui part avec son oncle et un prêtre. L’enfant quitte sa mère (il est orphelin de père) pour rejoindre une grande ville où il pourra faire des études secondaires. L’oncle est un négociant qui voyage pour affaires.

Après 24h de voyage dans une vieille calèche, l’oncle confie l’enfant à un convoi de routiers qui transportent de la laine ; le petit garçon est hissé sur le dernier chariot du convoi. Le voyage ralentit : les chariots sont très chargés, il fait très chaud (arrêt dans l’après-midi pour voyager la nuit). Il y a 6 routiers d’âges et de caractères très divers ; ils racontent leur passé au garçon, et aussi des histoires à faire peur qui se sont passées dans des auberges.

Le voyage dure 4 jours, pas de grand évènement, seulement un orage avant l’arrivée.

J’ai aimé l’alternance des regards :
  • celui du narrateur

  • celui de l’enfant (même si ce n’est pas lui qui raconte, il y a des passages où on voit avec ses yeux)

les ambiances différentes, la variété des personnages rencontrés

Constance



 « L’idiot » de Dostoievski

Ecrit en1868. Paraît d’abord en feuilletons dans un journal de Moscou.
Le prince Michkine a 27 ans. Il a été soigné par un médecin de Genève pour des crises d’épilepsie qui l’avaient rendu complètement idiot. Guéri, il rentre à Moscou et rencontre dans le train Rogogine, un jeune homme de son âge. Il a un mot de recommandation pour une famille noble de Moscou. Il y découvre la photo de Nastassia Philipovna qui lui fera une très forte impression. Il fait la connaissance des trois filles d’Elisabeth. Il apprend qu’un de ses parents vient de mourir et qu’il va toucher un très bel héritage. Il devient un parti intéressant ...
Difficile de se contenter de ce résumé.
L’Idiot c’est tellement plus que cela ! Tous ces personnages qui vont interagir et aller vers leur destruction : Le prince, image Christique, cœur ouvert qui ne sait mentir, Nastassia violée enfant qui vit dans la honte d’elle- même, Rogogine qui connait une passion destructrice pour Nastassia P. et qui finira par la tuer, Aglae la jeune et jolie fille d’Elisabeth ; que le Prince aime mais ne choisit pas par compassion pour Nastassia.et qui se mariera avec un joueur qui dilapidera sa fortune.
Dostoievski a écrit ce roman quand il souffrait d’épilepsie. Et le livre est marqué par cette intensité insoutenable, qui se vit pendant les crises. Il y exprime ses obsessions et son amour pour le Christ en butte avec un monde blessé, menteur et hypocrite.
Ma première lecture de l’Idiot , c’était à 18 ans ; J’avais été totalement captée par la force du roman et les caractères excessifs des personnages. Je l’ai relu l’année dernière avec beaucoup d’intérêt et de plaisir.

Christine Fleuret


Ingrid nous a fait lecture de quelques poèmes :

Alexandre Pouchkine 1799 1837

              Obscurité

Tu quittas ces bords étrangers

pour revoir ta patrie lointaine.

Triste fut l’heure, inoubliable,

où longtemps tu me vis pleurer.

D’un geste mes mains transies

J’essayai de te retenir,

Je te suppliais, gémissant,

de ne pas écouter l’horreur de nos adieux.


Mais toi tu arrachas tes lèvres

A l’amertume des baisers.

Loin, loin de l’exil sépulcral, tu m’appelais vers d’autres rives,

Tu disais : « nous nous reverrons

Sous un ciel bleu, inaltérable,

Et nos lèvres se rejoindront

Sous de ramures d’oliviers »



Marina TSVETAIEVA

1892/ 1941 (suicidée)

Qui dort chaque nuit ? Personne ne dort !

L’enfant crie dans son berceau,

le vieillard est face à sa mort,

le jeune homme parle avec son amie,

le souffle à ses lèvres, les yeux dans ses yeux.


On s’endort – s’éveillera-t-on ici encore ?

On a le temps, le temps de dormir !


Un gardien vigilant, de maison en maison

Passe, un fanal rose à la main,

et, grondements saccadés par-dessus l’oreiller,

Sa crécelle violente va gronder :

- ne dors pas ! Résiste ! Je dis vrai !

sinon c’est le sommeil éternel !

sinon, c’est la maison éternelle


Vladimir Maiakovski 1893 – 1930

J’aime

Comme une flotte rentre au port,

Comme un train roule vers la gare,

Vers toi comment n’irai-je, alors

Je t’aime et fais de toi mon phare.


Ingrid a aussi partagé quelques "passions" :

auteurs russes

Boris pasternak, prix Nobel 1958. Le docteur Jivago, film en a été tiré avec Omar Sharif et Julie Christies.

Alexandre Soljenitsyne, le pavillon des cancéreux, décrit exercice de la médecine à cette époque.

Autour de la Russie :

Collection Morozov, fondation Vuitton, prolongée de 2 mois. Catalogue à Elsa Triolet.

Répine au Petit Palais, portrait de Léon Tolstoi. Le tableau les haleurs de la Volga a servi à illustrer Premier amour d'Yvan Tourgueniev. Sa datcha est à Bougival

Actualités culturelles :

Expo photo Steve McCurry, musée Maillol rue du Bac métro.

Année 2022,année Y Saint Laurent. Expos à Pompidou, au MAM, au musée Picasso, à fondation Pierre Berger, métro Alma Marceau.

À visiter, église orthodoxe russe, avant quai Branly, métro Alma Marceau. Peut-être balado visite, ou église orthodoxe ds 7ème.


« Enfance. Adolescence. Jeunesse » Léon Tolstoï


Une première œuvre de Tolstoï qui révèle le grand écrivain russe qu'il sera inspiré de son enfance et adolescence, de sa jeunesse, on y retrouve toute la vie en Russie de cette époque pour un garçon élevé dans un milieu bien sûr privilégié. Très belle écriture déjà, de belles descriptions de la nature,
es tâches journalières de la vie à cette époque dans la campagne, une maîtrise dans l'art d'expliquer ses sentiments, ses élans, ses remords et sa recherche d'absolu. Bref un grand classique que l'on lit tout jeune et qu'on relit avec plaisir des années plus tard.

Claude

« Volia Volanaia »
Victor Remizov
L'auteur contemporain nous amène dans la taïga orientale où les hommes vivent de la chasse, de la pêche et de la vente d'œufs de saumon, commerce illégal moyennant bakchich de 20 %. Suite à un incident, les autorités de Moscou s'en mêlent. Des militaires sont envoyés sur place et le héros d’un roman doit fuir et se réfugier dans la taïga. Le roman décrit bien la corruption à tous les niveaux de
la vie en Russie. On profite de merveilleuses descriptions et évocations de la vie de cette taïga hostile. On lit ça comme un polar, cela tient en haleine jusqu'au bout....Notre héros s'en tirera-t-il ?

Patrick



« Le jardinier d'Otchakov »  ANDREI  KOURKOV


C'est une histoire un peu loufoque qui nous fait voyager entre deux époques :
 l’Ukraine actuelle où le narrateur, trentenaire désœuvré, a un copain hacker et l'an 1957 dans la petite ville d'Otchakov au bord de la mer noire où l'on retrouve la corruption et la mafia.
Nous faisons des va et vient entre 1957 et 2010.
Ce livre parle de chômage, d'ennui, d'alcool mais il n'est pas triste et réserve une fin heureuse.

Hélène




« Un héros de notre temps »,
Mikhaïl LEMONTOV

paru en 1840 s’inspire de beaucoup de situations vécues par l’auteur, envoyé en exil par le tsar Nicolas I

Le personnage principal, parfois narrateur, Alexandrovitch Petchorine est un fils de famille, vivant sans foi ni loi, en constant mouvement et éternel insatisfait. Le récit émaillé de superbes descriptions du Caucase traversé ,nous emmène de villes d'eau où évoluent de belles princesses, aux garnisons de militaires à la vie rude en passant par les montagnards frustes ,les contrebandiers prompts à dégainer. Les femmes ont une place importante dans le récit, séduites, enlevées qu'elles soient d'origine aristocratique  ou sauvageonnes du pauvre peuple

Foisonnant, déroutant, c’ est un roman fascinant qui préfigure les grands romans russes .

Monique



Nicolas GOGOL  naît en 1809 en Ukraine dans une famille de nobles paysans à fortune limitée

Son père meurt quand il est adolescent et il reçoit de sa mère une éducation pieuse qui fera de lui un grand mystique , il est persuadé transmettre des paroles et des messages divins .

.Il arrive à Saint Petersbourg, la ville de Pouchkine que Gogol admire et qui l'incitera à écrire ; Gogol devient une des figures principales de l'Age d'Or de la Littérature russe et un des fondateurs de la Comédie dans cette littérature 

Il commence par écrire de la Poésie ,et dans les années 1830-1840 alors que la poésie est écartée ,  toujours sous l'influence de Pouchkine ,il écrira de la prose et des romans

Gogol est un angoissé,un inquiet pour le salut de son âme , c'est un être totalement déséquilibré qui mettra le feu à quelques unes de ses œuvres et notamment à la dernière version des "Âmes Mortes" quelques semaines avant sa mort en 1852. Il sers toujours à la recherche de l'absolu et toujours dans l'incapacité de le trouver .; il se sent responsable face au Mal Humain et porte le poids de la misère humaine

« Le Nez »  paraît en 1836 

Dans cette nouvelle loufoque Gogol joue les illusionnistes  et nous fait miroiter tous les travers de la société russe de la première moitié du 19ème siècle, corruption, incompétence  des petits fonctionnaires ...

Kovaliov, assesseur de Collège fonction honorifique et futile, un matin, perd son Nez !   qui : " en somme ne lui manquerait pas tant ..sauf pour ses conquêtes féminines   ..! Et aussi car il s'agit d'une révolte d'une partie du corps qui affirme : " Je suis moi et l'on ne va plus me respecter, me maîtriser quelle humiliation "

S'en suivent, déambulations comiques  et plaintes  pour retrouver ce précieux appendice  et l'occasion de peindre  ces serviteurs de l'Empire qu'ils soient policiers, journalistes ou médecins  petits fonctionnaires tous sourds à sa quête.

Jusqu’au jour  ! Où le Nez reprend sa place ...et l'assesseur ses orgueilleuses conquêtes sociales et féminines.

Conclusion de Gogol : 

" Le Rire est une grande Chose, il n'enlève à personne ni la vie ni les Biens "

Christiane

 

Prochains groupes lecture 

Lundi 14 Mars : donc autour de la femme, du féminisme ...

Lundi 11 Avril : les auteurs espagnols


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La Bâtarde d'Istanbul suite

 

Elif SHAFAK est une écrivaine turque, née en 1971 à Strasbourg (France). Elle appartient à une élite moderniste. Elle a passé son enfance dans divers pays du moyen–orient avec une mère diplomate, et poursuivi des études supérieures aux USA. Mariée à un journalise, elle est mère de deux enfants.

En 2007, elle s’exile à Londres suite à la sortie de l’ouvrage dont nous traitons. Mise en examen, par l’état turc, il lui a été reproché de porter atteinte à l’intégrité nationale en évoquant le génocide arménien de 1915.

C’est l’écrivaine la plus lue en Turquie. De confession soufi, elle a reçu en 1998, le prix RUMI, pour son livre « PINHAM », qui récompense le meilleur ouvrage littéraire mystique turc.

Polyglotte, elle a écrit une trentaine de livres dont treize en langue turque, neuf en français, cinq en anglais et deux en allemand. Son dernier ouvrage en 2021 « l’ile aux arbres disparus », traite du statut politique de Chypre, ce qui lui vaut des critiques réprobatrices de nationalistes turcs.

Féministe, elle aborde « courageusement » dans ses écrits la condition féminine dans une société où la sexualité est taboue, qu’elle traite de manière romancée dans « la batarde d’Istanbul ». L’intrigue du roman se passe de part et d’autre de deux pays, la Turquie et les USA, dans deux univers culturels traditionnels, dans deux familles, turque et arménienne, séparées par la question du conflit turco-arménien de 1915.

De manière plus large, cet ouvrage montre « un va et vient » entre des traditions et des modernités, une transmission intergénérationnelle contradictoire et ambiguë faite de bricolages de valeurs et de comportements de soumission qui s’entrelacent avec des ressources modernes principalement la liberté des femmes. La place de l’homme est remise en question, des stratégies féminines se font jour, marquée par une forte solidarité féminine mais paradoxalement l’homme bien que inexistant ou parfois invisible, reste au centre des préoccupations de ces femmes.

Au delà, de cette ambiance apparemment touchante, au cœur d’inextricables liens entre ces deux familles, une transgression, celle de l’inceste, une pratique déshonorante qui touche à l’honneur  de la famille. La « batarde d’Istanbul » parle d’une naissance illégitime en dehors du mariage qui cache un tabou plus grave, celui de l’inceste, et celui qui le transgresse doit payer et laver son honneur.

On relève dans le roman, de manière transversale, la dénonciation d’une radicalité islamiste qui rapetisse la pensée intellectuelle moderniste et séculaire. La religiosité est hybride et sert de refuge culturel.

L’auteur ornemente ce roman d’une profusion de descriptifs gastronomiques, une façon de montrer les liens ancestraux entre ces deux familles, avec peut-être le souhait d’un dialogue interculturel entre les sociétés turque et arménienne.

Hamida

 

Les lectures de Janvier 2022


 Autour de : "La bâtarde d'Istanbul" de Elif Shafak

Nous avons commencé nos échanges autour du livre :

« la bâtarde d’Istanbul » de Elif SHAFAK,   

auteure turque, exilée depuis la sortie de ce livre. Elle est originaire de l’élite turque, sa mère était diplomate, elle est née à Strasbourg. Elle est passée en justice et vit à Londres où elle continue à écrire. Elle a publié une trentaine de livres, en turc, son dernier ouvrage est sur Chypre. C’est une féministe et militante LGBT, engagement qui lui est reproché.

Nos échanges autour de la batarde d’Istanbul sont difficiles à traduire ici. Cette histoire se situe dans le contexte du peuple turc et du peuple arménien. L’auteure y aborde la question des tabous, des secrets. On retrouve ce mélange de valeurs traditionnelles et de modernité, avec du religieux un peu hybride. On y retrouve aussi la vie des cafés où se mène la réflexion intellectuelle.

La narration est toujours dans ce mélange de culture et la place accordée à la nourriture y est grande. Les hommes sont absents dans ce livre. C’est un monde de femme dans le contexte du patriarcat ; de très beaux portraits de ces femmes toutes si différentes et attachantes.

Sans être jamais critique de l'une ou l'autre culture l'auteure nous fait sentir la large faille existant, le tiraillement de la société turque entre le passé ottoman et le désir de modernité et d'Europe  Un fossé de part et d'autre du Bosphore, un fossé entre la modernité outre atlantique, la diaspora arménienne et le poids des traditions Stambouliotes

Sous le toit de ce gynécée  toutes les variantes sont présentes, sur quatre générations, toutes avec leurs contradictions et avec tolérance; dans le récit une famille de chaque origine est évoquée.

Zeliha  impétieuse ,délurée et transgressive au sein de cette famille   , elle même tiraillée à son insu par sa détermination à avorter et son "empêchement" dû à Allah ! elle entend l appel à la prière et interrompt l'action du médecin 


Ont suivi la présentation des livres de chacun et chacune


« La papeterie Tsubaki » Ito OGAWA

Hatoko a vingt-cinq ans, elle reprend la papeterie de sa grand-mère Mais surtout elle fait ses premiers pas comme écrivain public,

Le choix des mots, mais aussi la calligraphie, le papier, l'encre, l'enveloppe, le timbre, tout est important dans une lettre.

L’écriture verticale ou horizontale ?
Quel système d'écriture, les kanji, l'hiragana, le katakana ? Ces différentes écritures pour un même mot, peuvent avoir des significations. 

Hatoko répond aux souhaits même les plus surprenants de ceux qui viennent la voir : elle calligraphie des cartes de vœux, des missives qui font sourire, une vieille femme qui désire une lettre de condoléance pour ses voisins pour la mort de leur singe ; pour une fillette un billet doux pour son instit ; pour un mari cocu un faire part de divorce des plus courtois ; pour un fils, une lettre écrite du paradis pour sa mère......

Elle participe ainsi au bonheur des gens.

Magie de l'écriture japonaise, raffinement extrême dans les détails, qui en même temps traite de sujet très sérieux
Ce récit tout en délicatesse est magnifique, surtout quand on pense qu'il se passe aujourd'hui, à l'ère Internet.

Une atmosphère très « zen ». On s’y détend

Anne


« Gabriële » de Claire et Anne Berest 

Biographie d'une partie de la vie de Gabriële Buffet épouse du peintre Francis Picabia (et arrière grand-mère de Claire et Anne Berest), notamment la période allant de 1910 à 1918. Une personnalité extraordinaire qui a cotoyé tous les artistes de cette époque : peintres, poètes.....Tous ces personnages qui ont amené les bouleversements de l'art du 20ème siècle : Picasso, Duchamp, Appolinaire, Breton, etc...., période du mouvement Dada avec Tristan Tzara. Femme complètement oubliée mais qui a été la muse de nombreux de ces artistes, il serait dommage qu'elle tombe complètement dans l'oubli. Les auteures ont une écriture claire, fluide, c'est très agréable à lire.

Claude


« Le portrait de Dorian Gray » d'Oscar Wilde  


Un classique que presque tout le monde a lu dans sa jeunesse et qu'il est bon de redécouvrir des années plus tard. Une description des caractères des personnages et notamment de ce Dorian d'une très grande finesse et de la société britannique de l'époque victorienne qu'Oscar Wilde n'épargne pas. C'est d'une justesse cruelle et assez diabolique à travers l'histoire du tableau de ce magnifique jeune homme dont le portrait devra veillir à sa place lui permettant de conserver outrageusement sa jeunesse et sa beauté. A relire sans modération.

Patrick



« 
La vérité sur la lumière » de Ava Ollafsdottir

Dijja appartient à une lignée de sage-femmes.

Elle est " mère de la lumière". A la mort de sa grand-tante, elle s installe dans son appartement, décide de mettre en ordre ses manuscrits et peut-être de les publier...

 

« La plus secrète mémoire des hommes »
de  Mohamed Mbongar San.
Prix Goncourt 2021

Un jeune écrivain sénégalais découvre un livre paru en 1938 : le labyrinthe de l inhumain. Son auteur n’a jamais publié d’autre ouvrage. 

Diegane Faye s’engage sur la piste du mystérieux écrivain, découvrant ainsi les tragédies du colonialisme et de la Shoah.

Christine


« la chance de leur vie » Agnès Desarthe

Cette écrivaine est agrégée d'anglais, traductrice. Elle a écrit des livres pour la jeunesse dont « Dans la nuit brune » qui a obtenu le prix Renaudot des lycéens en 2010.

Dans la chance de leur vie, une famille française part s'installer en Caroline du Nord. Lui va travailler dans une université, et faire des conquêtes. Elle peine à s'adapter, leur fils traverse une crise spirituelle.

Très bien écrit, très agréable à lire.

Ingrid

 

Pour terminer, Ingrid nous a fait la lecture du poème d'Aristide Bruant "le chat noir"

La lune était sereine
Quand sur le boulevard,
Je vis poindre Sosthène
Qui me dit : Cher Oscar !
D’ou viens-tu, vieille branche ?
Moi, je lui répondis :
C’est aujourd’hui dimanche,
Et c’est demain lundi...

Je cherche fortune,
Autour du Chat Noir,
Au clair de la lune,
À Montmartre !
Je cherche fortune ;
Autour du Chat Noir,
Au clair de la lune,
À Montmartre, le soir.

La lune était moins claire,
Lorsque je rencontrai
Mademoiselle Claire
À qui je murmurai :
Comment vas-tu, la belle ?
– Et Vous ? – Très bien, merci.
– À propos, me dit-elle,
Que cherchez-vous, ici ?

La lune était plus sombre,
En haut les chats braillaient,
Quand j’aperçus, dans l’ombre,
Deux grands yeux qui brillaient.
Une voix de rogomme
Me cria : Nom d’un chien !
Je vous y prends, jeune homme,
Que faites-vous ? – Moi... rien...

La lune était obscure,
Quand on me transborda
Dans une préfecture,
Où l’on me demanda :
Êtes-vous journaliste,
Peintre, sculpteur, rentier,
Poète ou pianiste ?...
Quel est votre métier ?




 


LE BIJOU DESSINE

 

 Samedi 14 Janvier 2022

 


 

 

 

 

 

 

Direction : "école des arts joailliers"                           



 

Le dessin, à l’échelle va guider le fondeur, le ciseleur, le sertisseur, l'émailleur ... dans les différentes phases de la fabrication

Ce dessin reflète une incroyable diversité de supports, de materiaux et de procédés. papiers blanc ou colorés, papier calque, crayon, encre, aquarelle, gouache

                                                                    





Pendentif de le maison cartier 

or, argent et diamants

pendentif présenté au sein de l'exposition "Cartier et les arts de l'Islam. Aux sources de la modernité"      

 

 

 

    


Dessin pendentif avec chaine

gouache sur papier cartonné préparé.

 

 


 

 

 

Les dessins de bijoux sont généralement non datés et non signés. 

Ce sont des œuvres anonymes qui s'effacent derrière le nom 

prestigieux de la maison joaillière et participent à l’œuvre 

collective à laquelle plusieurs corps de métier travaillent. 

Différents types d'écritures et d'annotations sur un même dessin 

attestent des multiples mains qui collaborent à sa composition et au

processus de création du bijou

 

Alexande Brédillard

Dessin d'une chatelaine 

crayon, encre et gouache sur papier cartonné 

 

 

Ce dessin est un véritable outil technique
 transmis à l'atelier. René Lalique y donne de nombreuses instructions. Il précise la taille suiffée du cristal et le serti des diamants dans les feuilles, puis ajoute des consignes sur la composition de la pièce : "les feuilles des extrémités sont du premier plan", "2ème plan : les feuilles sont entières et fortement embouties en creux" ainsi que les matériaux à employer "or + corne, cristal, diamants" "1er plan les noisettes en or, y compris les tiges". Ces derniers seront modifiés sur le diadème finalement réalisé

 

 

 

Motif du cygne chez Lalique                                         


René Lalique puise son inspiration à Clairefontaine

où il photographie la nature et les cygnes de l'étang.

Il a dessiné des dizaines de bijoux représentant cet

animal gracieux

Lalique insère des commentaires sur le dessin pour 

préciser les techniques joiallières à mettre en œuvre 

"eau en joiaillerie" signifie que l'eau était représentée

par un serti de diamant.

"Lémail noir du bec sera posé, la gravure finie", 

"feuilles ramolayées et champlevées, cygnes champlevés 

en plein" sont des instructions qui concernent l'émail





Le Paon 

 une source d'inspiration intemporelle


Prédominant dans les arts décoratifs tout au long du 

XIX° siècel. 

En collaboration avec Alphonse Mucha, Georges Fouquet en fait 

l'animal fétiche de son incroyable boutique Art nouveau, rue royale

Programme 1er trimestre 2022

 


Notre commission « allons ensemble au théâtre » garde son dynamisme et son entrain pour continuer à nous proposer des spectacles.

Si vous souhaitez vous inscrire à un ou plusieurs spectacles, veuillez contacter méli-mélo par mail : melimelopantin@gmail.com

Il vous faudra :

  • Donner les spectacles auxquels vous souhaitez assister ainsi que le nombre de places sur le mail de Méli-mélo avant le 8 Janvier pour les 2 premières propositions

et avant le 1 février pour les suivantes.

  • En même temps envoyer un chèque à l’ordre de méli-mélo (un chèque par spectacle), sans oublier de noter au dos le nom du spectacle et l’envoyer à :

Nicole DUBOIS 6 rue de Balzac 93500 PANTIN



- Que viennent les barbares de Myriam Marzouki 

vendredi 14 janvier, 20h00 - Théâtre du Fil de l'eau Pantin - MC93 - 12 euros

https://www.mc93.com/saison/que-viennent-les-barbares-0




  Kap O Mond ! Cie Moukden

vendredi 21 janvier + Rencontre sur Haïti, 20h30 - 6 Euros

https://lechangeur.org/programmation/spectacles/kap-o-mond


 

 

- Bal masqué de Mikhail Lermontov 


Jeudi 17 février  19H30 - Théâtre de la Commune Aubervilliers - 7 euros

https://www.lacommune-aubervilliers.fr/saison/21-22-bal-masque/




 


-
Mauvaise de Debbie Tucker Green - Sébastien Derrey

Samedi 12 mars - 18h30 - MC 93 Bobigny - 12 euros

https://www.mc93.com/saison/mauvaise-0




- Les femmes de Barbe-Bleue de Lisa Guez  


Vendredi 25 mars à 19h - Théâtre Paris Villette - 75019 - 8 Euros

https://hub-tpv.shop.secutix.com/selection/event/date?productId=10228459844865


En espérant que l'on pourra profiter en présentiel de ces spectacles ...

Les visites guidées de fin d'année

 

8 Octobre visite au Musée Yves Saint Laurent 

 

 

                        
 


 












10 Décembre visite de l'Opéra Garnier











Lectures de Novembre 2021

 

  Thème : la nuit, l’obscurité 

 

J’ai choisi deux poèmes de Jules Supervielle du recueil « le forçat innocent » : 

« chambre d’hôtel » où il évoque les personnes qui ont dormi dans la même chambre que lui, comme des fantômes ; il a du mal à trouver le sommeil

Un autre poème sans titre, qui fait suite à « visite de la nuit », où la nuit est décrite sous son aspect « réparateur », bienfaisant, apaisant


Puis un poème en prose de Baudelaire du recueil « le spleen de Paris » ; « le crépuscule du soir »

 Il évoque deux aspects du crépuscule et de la nuit  (l’aspect inquiétant et l’aspect rassurant) : il décrit l’effet négatif qu’ils ont sur deux personnes de sa connaissance ainsi que sur des personnes aliénées dans un asile, et l’effet positif qu’ils ont sur lui.


Enfin, la nuit est aussi le domaine de la sensualité : on peut le lire 


dans certains contes des « mille et une nuits » ; j’ai choisi une des histoires racontées dans « le bossu récalcitrant ». Un jeune négociant en tissus vient au Caire pour y faire fortune et fait la rencontre d’une jeune femme qui vient faire un achat ; ils s’éprennent l’un de l’autre dès le premier jour. C’est la jeune femme qui fait les avances ! Ils se rencontrent toutes les nuits, chez elle, et à chaque fois, il lui laisse des pièces d’or ; dans la journée il commande le dîner pour le soir suivant. Il va finir ruiné.

Constance

 


  

Le Cid   Georges Fourest

Va, je ne te hais point.
Corneille

Le palais de Gormaz, comte et gobernador,
est en deuil : pour jamais dort couché sous la pierre
l’hidalgo dont le sang a rougi la rapière
de Rodrigue appelé le Cid Campeador.

Le soir tombe. Invoquant les deux saints Paul et Pierre
Chimène, en voiles noirs, s’accoude au mirador
et ses yeux dont les pleurs ont brûlé la paupière
regardent, sans rien voir, mourir le soleil d’or…

Mais un éclair, soudain, fulgure en sa prunelle :
sur la plaza Rodrigue est debout devant elle !
Impassible et hautain, drapé dans sa capa,

le héros meurtrier à pas lents se promène :
« Dieu ! » soupire à part soi la plaintive Chimène,
« qu’il est joli garçon l’assassin de Papa ! »

George Fourest, La Négresse Blonde, 1909.

De la part d'Ingrid


LES VIES DE JACOB de Christophe BOLTANSKI 

L'auteur récupère un jour aux puces un vieil album de photos, plus de 300 clichés pris dans un photomaton. Sur chacune un même homme qui rit, qui semble triste, qui fait une grimace....habillé d'une chemise, d'une veste, d'un uniforme, etc...

Au dos de certains clichés un lieu, une adresse, en France et dans divers pays étrangers. A un endroit, il découvre le nom de celui à qui appartenait l'album et il lui prend l'envie de découvrir qui était cet homme et pourquoi toutes ces petites photos bien rangées dans ce volume.

Il se lance dans cette enquête avec une certaine passion et le roman se déroule comme une énigme policière qui nous tient en haleine.

Nous en apprendrons beaucoup sur ce Jacob au fur et à mesure du récit bien conduit et dans un style très agréable.

Il s'agit en fait d'une personne qui a réellement existé et dont l'auteur a rencontré la famille qui elle-même n'a pas toujours pu éclairer toutes les zones d'ombre qui entourent le personnage.

 Claude 

 

 

 Dans ce  roman, « La leçon de ténèbres », Leonor de Recondo retrace, accompagnée de son violon  sa nuit passée au Musée Gréco à Tolède Amoureuse éblouie du peintre et de son œuvre, elle retrace son parcours qui le mène Crète, à Venise puis   en Espagne. Son admiration se double d un désir intense, qu’elle manifeste en prose et en vers. Elle est  la femme que Gréco n’a jamais oubliée, restée  sur son île.

J ai lu aussi de Laurent Gaude.: « Paris, mille vies ». 
L auteur déambule de nuit, en été, dans un Paris désert précédé par une ombre. Les personnages aussi différents que Villon ou Artaud se manifestent à lui .Ce récit où fantastique et poésie se mêlent est aussi un hommage à Paris.


Monique

 

 
LA RIVIERE
de Peter HELLER

Deux jeunes amis décident de descendre en canoë un fleuve dans le nord canadien, en pleine nature, dans une région magnifique quasi désertique. Ils n'en sont pas à leur première escapade et sont tout à fait préparés pour une telle expédition qui doit durer plusieurs jours.

Tout semble simple au départ, ils sont heureux, la nature est splendide, mais on perçoit à travers quelques situations que cette escapade ne va pas si bien se passer que ça.

Un feu quelque part en amont les menace, la rencontre avec deux hommes pas très nets les inquiètent un peu, ils entendent un couple qui se dispute au loin. Tout cela va peut être mal tourner et tout au long du périple on pressent qu'il va arriver des événements graves.

Bref un vrai thriller dans un décor naturel et qui nous fait rêver. Le nez dedans on a du mal à s'en décoller avant de connaître la fin. Le style est percutant, dosé pour faire monter l'adrénaline, les paysages sont superbement décrits.

Patrick



Lu par Anne
 
 
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Lundi 10 Janvier 2022 :   "La bâtarde d'Istanbul" de Elif Shafak et 
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