Lectures de Mars 2022

 Les femmes


Christine nous a présenté


 « 
Une vie bouleversée » Etty Hillesum, dont voici la 4ème de couverture :

De 1941 à 1943, à Amsterdam, une jeune femme juive de vingt-sept ans tient un journal. Le résultat : un document extraordinaire, tant par la qualité littéraire que par la foi qui en émane. Une foi indéfectible en l'homme alors qu'il accomplit ses plus noirs méfaits. Car si ces années de guerre voient l'extermination des Juifs en Europe, elles sont pour Etty des années de développement personnel et de libération spirituelle. Celle qui note, en 1942. Je sais déjà tout. Et pourtant je considère cette vie belle et riche de sens. A chaque instant., trouve sa morale propre et la justification de son existence dans l'affirmation d'un altruisme absolu.
Partie le 7 septembre 1943 du camp de transit de Westerbork, d'où elle envoie d'admirables lettres à ses amis, Etty Hillesum meurt à Auschwitz le 30 novembre de la même année.


 

 

 « Une femme »  Annie Ernaux 


L' auteur raconte la vie de sa mère née dans une famille pauvre et qui a quitté l'école à 12 ans.
Son ambition : tenir un commerce et surtout la réussite sociale de sa fille qui passe par la réussite scolaire.
C'est une description sociologique d'un milieu ,d'une époque avec les mots de sa mère ("Tu me donneras tes affaires à laver").   
C'est un livre qui nous parle.

Hélène



 


  « 
Compartiment pour dames », roman de Anita Nair, indienne de Bangalore , intitulé, a pour personnages principaux, six femmes d'âges différents.

 Akhita a quarante ans ; employée aux impôts, elle vit chez sa sœur, mariée et mère .Son quotidien est terne, répétitif, ses amours sont des échecs. Sur un coup de tête elle décide de prendre le large pour réfléchir à son avenir et plus particulièrement trouver la réponse à la question "ai je besoin d' un homme pour être heureuse ?"

Dans le train elle va partager avec cinq femmes un compartiment qui leur est réservé. Celles- ci vont se livrer, parler de leur vie, de leurs espoirs parfois déçus, de leurs relations aux hommes. 

De ces confidences elle tirera profit pour reprendre le cours de sa vie.

L’auteur nous emmène dans cette Inde si fascinante pour nous , où les coutumes et les traditions sont encore si pesantes, surtout pour les femmes. Elle célèbre la beauté de la nature, les odeurs, les saveurs étonnantes, gênantes aussi.

Si ces femmes vivent à mille lieues de nous, dans un environnement différent, on se rend compte que leurs désirs profonds, leurs besoins sont très semblables aux nôtres.....

Monique



« Féminisme et philosophie » Geneviève Fraisse 



Chapitre 2 : corps collectif

Dans sa réflexion G. Fraisse nous parle d’émancipation, d’égalité, et de parité bien sûr, précisant que ce ne sont pas les lois qui font la pensée. Elle souligne qu’aujourd’hui, il ne faut plus perdre du temps à dénoncer la domination, il faut prôner l’émancipation. Arrivés à avoir presque tous les textes de loi législatif, il s’agit avec « me too » du corps collectif. Le corps fait l’objet d’une réappropriation par les femmes.

Dans notre société patriarcale, Le contrat sexuel est un contrat de propriété du corps de la femme. Il y a toujours un enjeu politique. Nos sociétés se fondent sur un non dit qui est la propriété du corps des femmes.

L’éducation n’est pas suffisante, il faut passer par l’analyse politique.

G. Fraisse évoque l’allégorie : de la vérité comme corps nu féminin, on dévoile la vérité. Pour défendre une idée, les femmes se mettent parfois nues.

Le féminisme ne doit pas être associé au puritanisme. Il y a compatibilité entre sexe, sexualité et féminisme. Et si à trop vouloir l’égalité on privilégie l’identité au détriment de l’altérité et l’amitié au détriment de l’amour.

Mais en 2 siècles, suppression du sexe et suppression de l’amour ; il ne faut pas opposer mais tenir ensemble l’érotisme et l’égalité.

Égalité ne veut pas dire confusion des genres contrairement à la crainte. La révolte individuelle croise toujours la révolte collective

Le féminisme doit se poser sur le plan politique, sur la démocratie, même si avec J.J. Rousseau sépare la sphère civile et la sphère privée La démocratie s’arrête alors à la porte du privé

Au XIX° siècle on sépare les lois et les mœurs

Loi les hommes

Mœurs les femmes

Dès que la femme quitte la sphère du privé elle risque alors de devenir marchandise.

« C’est seulement aujourd’hui que l’égalité a fini par pénétrer la sphère familiale, avec le partage de l’autorité parentale, l’égalité de la transmission du nom. Le combat juridique est passe d’être remporté … mais le droit ne se traduit pas automatiquement en faits. (…) La révolution me too, un évènement historique, a brutalement mis en lumière les violences faites au corps collectif »

Anne


« Berty Albretch » de Dominique Missika

Dominique Missika retrace la vie de Berty ALBRECHT née en 1893, résistante morte à la prison de Fresnes en 1943. Elle est tombée dans l'oubli alors que c'est une des six femmes Compagnons de la Libération. Femme fine et intelligente, courageuse, lutteuse, féministe dès son adolescence, surintendante d'usine toujours préoccupée par la condition faite aux travailleurs, militante active. Une vie intime très libre pour une femme de cette époque. Sa manière de pensée, sa formation dans le social et son esprit de solidarité ne pouvait que la préparer à une vie clandestine dans la résistance, une femme éprise de liberté, d'humanité et toujours en lutte contre toute forme d'oppression.

Claude


 « Certaines n’avaient jamais vu la mer » de Julie Otsuka 


Destins de japonaises du début du 20ème siècle et épisode méconnu de l'histoire américaine. Ces japonaises de milieux très pauvres sont vendues par leurs parents à des compatriotes japonais déjà installés aux USA. Voyage pénible au départ de ses femmes qui pensent découvrir un monde agréable et des maris beaux, ayant réussi socialement. Hélas, la vérité est tout autre, ces hommes sont de pauvres ouvriers exploités notamment dans des fermes. Elle découvre une vie de labeur et de semi-esclavagisme. Puis pendant la seconde guerre mondiale, les japonais étant du côté ennemi, ils sont tous rejetés socialement et internés par les autorités dans des camps sur le lac Salé. Roman d'une grande tristesse mais qui réhabilite un tant soit peu la mémoire de ces femmes.

Patrick



  Titiou LECOQ : "Les Grandes Oubliées " Pourquoi l'Histoire a effacé les femmes

Préface de Michelle Perrot Publication en novembre 21 chez Iconoclaste

Titiou  Lecoq est née en 1980 ; elle est essayiste, romancière, blogueuse.


"De tout temps les femmes ont agi, régné, écrit, milité, créé, combattu, crié parfois  et pourtant elles sont la plupart, absentes des manuels d'histoire"

Ce livre se place du point de vue des femmes pour raconter l'Histoire de France contrairement au point de vue des manuels scolaires .Titiou Lecoq plaide pour l'enseignement d'une Histoire mixte d'une manière ludique ; livre très bien structuré en chapitres de la Préhistoire à ce jour dans les manuels d'Histoire par exemple on parle de 'Homme de la Préhistoire" car l'idée ,en général était que les femmes n'avaient pas tenu une place dans l'Histoire car elles étaient trop occupées par les tâches ménagères , alors qu'il faudrait inverser la cause de leur oubli dans l'Histoire ( Mythe de la Femme Empêchée)

Dans ce livre les Modèles féminins sont très différents de ceux offerts dans les manuels scolaires et dans la littérature jeunesse

A remarquer que l'intérêt et l'histoire de la Préhistoire a commencé au XIXème siècle ; or les hommes du 19ème siècle  pensent que la place naturelle des femmes est à la maison et , donc , placent la Femme Préhistorique naturellement dans la grotte !

Suivent les périodes du Moyen Age (étendue sur près de 1000 ans)   où les femmes étaient partout, du pouvoir royal aux fosses des chantiers : reines exerçant le pouvoir, bâtisseuses de cathédrales,j ongleresses, ménestrelles  orfèvreresses...dans une société qui n'était pas basée sur la différenciation hommes /femmes mais sur la place sociale. Mais les femmes étaient exclues des professions qui supposaient des études universitaires

La Renaissance et la découverte de l'Imprimerie, supposée apporter la Connaissance et l'humanisme se révèle être une période de régression / droits des femmes, véritable climat de terreur vécu par les femmes surtout seules : c'est la chasse aux sorcières et la diffusion de publications traitant de la façon de se "débarrasser"  des sorcières ( ex: 1487 Maleus Mallificarum ...mode d'emploi des différentes tortures !!)

A la Révolution, les femmes participent, elles sont soldates, cantinières et malgré leur implication vivent une période régressive  alors que l'on acquiert de nouveaux droits ; l'égalité se fait au bénéfice des hommes plus que des femmes qui peu à peu sont exclues de certaines professions. Certaines vont réagir ...Olympe de Gouges par exemple

Les Guerres : on a souvent pensé que la 1ère guerre mondiale avait permis une libération des femmes quand elles ont remplacé les hommes. Mais désaccord chez certaines historiennes qui révèlent que les hommes rentrant du front ont voulu retrouver une virilité blessée et "la France d'avant" Existe aussi le besoin de repeupler la France, les femmes retrouvent leur fonction " d'utérus" et leur place à la maison. C'est la période la plus dure des lois sur l'avortement

Dans les années 30, campagne pour le droit de vote des femmes : Louise Weiss mène une campagne "d'ironie " pour convaincre les hommes machos et des actions "coups de poing "

Actuellement existence de courants masculinistes qui prennent de l'ampleur et qui sont basés sur des travaux scientifiques !

En conclusion : Rien n'est définitivement acquis, il faut lutter contre l'Oublioir (terme utilisé par Aimé Césaire pour les Noirs) L'Histoire des Femmes, ce n'est pas que l'Histoire des Femmes, c'est aussi celle des Hommes, ne pas l'oublier.

Christiane

 

Lundi 11 Avril nous nous retrouverons à la Maison de Quartier du Petit Pantin le thème sera :"le vent"

Lundi 23 Mai : "les auteurs espagnols"


 

Autour des bijoux

 Le 10 Février, entrainée par Ingrid, la petite troupe de méli-mélo

est allée se régaler les yeux devant les bijoux de Van Cleef et Arpels.

 


 

 




Parures        

 

   

 

 

               

 

 


 

      bracelets

 


 









 montres

 

 

 

 

 



et broches

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 La balade s'est continuée sur la place Vendôme, auprès des palaces et s'est terminée par un délicieux chocolat chaud chez Lindt

LECTURES DE FÉVRIER

 Les auteurs russes


Lioudmila Ievguenievna Oulitskaïa née 1943 au sud de l’Oural est une femme de lettres russe. Elle se décrit comme « la dernière juive d’une famille assimilée »2. Elle suit des études de biologie. Elle est l'auteure de nombreux romans et nouvelles. Elle se consacre alors à l'écriture, d'abord pour la radio et le théâtre. Elle collabore un temps au Théâtre musical juif. Dans les années 1980, elle écrit des nouvelles. Mais il lui faudra attendre le démantèlement de l’Union soviétique pour être véritablement reconnue et publiée. Ses œuvres sont largement traduites et diffusées à l’étranger, principalement en Allemagne. En France, elle est publiée dès la fin des années 1980.

Elle reçoit de nombreux prixElle est considérée comme l'écrivaine russe vivante la plus lue à l'étranger. Son engagement politique contre le Kremlin et l'homophobie lui a valu d'être attaquée par des jeunes militants pro-Poutine en 2016.

« Funérailles joyeuses »

C'est dans son loft d'artiste à Manhattan, qu'Alik, peintre juif russe émigré, va mourir, Il est soigné par quatre femmes qui se sont dénudées pour échapper à l'atmosphère étouffante de cet été caniculaire entouré de ses maitresses et de sa femme. L’argent manque, chacun apporte ce qu'il peut, surtout des bouteilles d'alcool, les toiles traînent, un visiteur s'est endormi sur le tapis...

Alik a su recréer l'ambiance de sa Russie natale dans son atelier, une patrie chimérique qui renaît dans ce joyeux bordel et ce mélange d'irresponsabilité et de fête. Ce pays qu'ils ont définitivement quitté, dont ils désapprennent progressivement la langue, ils prennent conscience qu'ils l'ont dans leurs tripes, dans leur sang, au plus profond d'eux-mêmes.

Sa ferme veut à tout prix qu’il se fasse baptiser, Il a accepté de rencontrer un pope à condition de rencontrer également un rabbin...cela donnera un grand moment bien cocasse entre prêtre orthodoxe et rabbin

Quelques portraits savoureux de ces femmes nues ou presque,.

Nina, sa maigre épouse aux longs cheveux d'or qu'il a "rapporté" d'un voyage en Inde. Elle est un peu folle, mais elle est brave.

Valentina une ex campagnarde à la poitrine généreuse qu'il a initié à tout.

Irina Pierson, jadis acrobate de cirque et à présent avocate aux honoraires élevés. Elle a une poitrine entièrement refaite à neuf.et sa fille Maïka, surnommée Tee-shirt, gamine de quinze ans en pleine crise qui porte un tee-shirt sympa offert par Alik, le seul qui semble la comprendre

Baptisé à la va-vite alors qu'il est inconscient, enterré selon les rites israélites, il n'est à sa mort ni chrétien, ni juif, il reste profondément russe. Il adresse un message posthume à ses amis : « Allez servez à boire ! Buvons et mangeons ! Comme toujours ! Comme d'habitude » La fête, la frénésie et la bohème doivent lui survivre.

Anne

Nina Berberova (1901-1993)

Née à St Petersbourg dans une famille de la bourgeoisie, d’un père arménien et d’une mère russe, Nina émigre en 1922 avec son compagnon, le poète Vladislav Khodassevitch. Après Saarow, chez Maxime Gorki, Marienbad et Sorrente, le couple arrive à Paris en 1925. Nina travaille comme journaliste dans une revue pour les émigrés russes, très nombreux à Paris. Elle commence à écrire les Chroniques de Billancourt, de courts récits mettant en scène ces immigrés dont beaucoup travaillaient aux usines Renault et vivaient aux alentours.

Le talent de Nina n’est pas reconnu en France et elle part aux Etats-Unis en 1950 où elle enseigne la littérature russe à Yale. Elle publie plusieurs courts romans dont les héros sont toujours des émigrés russes de la première génération, son œuvre est saluée par la critique et elle rencontre enfin le succès. Mais il faudra attendre les années quatre-vingts pour que Nina soit traduite et publiée en France.


 Son roman le plus connu est « 
l’Accompagnatrice » histoire d’une jeune pianiste de condition modeste au début de la révolution russe. Recommandée pour accompagner une cantatrice, elle découvre un milieu bourgeois aisé qui vit très confortablement au milieu de la souffrance du peuple. Ce conflit de classe entre les deux personnages principaux est une métaphore de la révolution russe. La cantatrice et son mari finiront par émigrer à Paris entraînant avec eux l’accompagnatrice. Après le suicide du mari et le départ de la cantatrice pour l’Amérique, elle reste en France, avec le sentiment de n’être plus rien.

Chroniques de Billancourt – Actes sud

Récits de l’exil (l’Accompagnatrice, Roquenval, le Laquais et la putain, Astachev à Paris, la Résurrection de Mozart, De cape et de larmes, le Roseau révolté, le Mal noir) – Actes sud

Annette


Tchekov

Tchekhov est davantage connu comme auteur de pièces de théâtre.

C’est un roman (plutôt court, mais trop long pour une nouvelle) écrit en un mois (de janvier à février 1888) . L’auteur n’est pas satisfait de son œuvre quand il commence à écrire, mais quand elle est aboutie, il la considère comme son chef d’œuvre !


« La steppe » 

C’est le récit d’un voyage à travers la steppe ; le principal protagoniste est un enfant de 9 ans qui part avec son oncle et un prêtre. L’enfant quitte sa mère (il est orphelin de père) pour rejoindre une grande ville où il pourra faire des études secondaires. L’oncle est un négociant qui voyage pour affaires.

Après 24h de voyage dans une vieille calèche, l’oncle confie l’enfant à un convoi de routiers qui transportent de la laine ; le petit garçon est hissé sur le dernier chariot du convoi. Le voyage ralentit : les chariots sont très chargés, il fait très chaud (arrêt dans l’après-midi pour voyager la nuit). Il y a 6 routiers d’âges et de caractères très divers ; ils racontent leur passé au garçon, et aussi des histoires à faire peur qui se sont passées dans des auberges.

Le voyage dure 4 jours, pas de grand évènement, seulement un orage avant l’arrivée.

J’ai aimé l’alternance des regards :
  • celui du narrateur

  • celui de l’enfant (même si ce n’est pas lui qui raconte, il y a des passages où on voit avec ses yeux)

les ambiances différentes, la variété des personnages rencontrés

Constance



 « L’idiot » de Dostoievski

Ecrit en1868. Paraît d’abord en feuilletons dans un journal de Moscou.
Le prince Michkine a 27 ans. Il a été soigné par un médecin de Genève pour des crises d’épilepsie qui l’avaient rendu complètement idiot. Guéri, il rentre à Moscou et rencontre dans le train Rogogine, un jeune homme de son âge. Il a un mot de recommandation pour une famille noble de Moscou. Il y découvre la photo de Nastassia Philipovna qui lui fera une très forte impression. Il fait la connaissance des trois filles d’Elisabeth. Il apprend qu’un de ses parents vient de mourir et qu’il va toucher un très bel héritage. Il devient un parti intéressant ...
Difficile de se contenter de ce résumé.
L’Idiot c’est tellement plus que cela ! Tous ces personnages qui vont interagir et aller vers leur destruction : Le prince, image Christique, cœur ouvert qui ne sait mentir, Nastassia violée enfant qui vit dans la honte d’elle- même, Rogogine qui connait une passion destructrice pour Nastassia P. et qui finira par la tuer, Aglae la jeune et jolie fille d’Elisabeth ; que le Prince aime mais ne choisit pas par compassion pour Nastassia.et qui se mariera avec un joueur qui dilapidera sa fortune.
Dostoievski a écrit ce roman quand il souffrait d’épilepsie. Et le livre est marqué par cette intensité insoutenable, qui se vit pendant les crises. Il y exprime ses obsessions et son amour pour le Christ en butte avec un monde blessé, menteur et hypocrite.
Ma première lecture de l’Idiot , c’était à 18 ans ; J’avais été totalement captée par la force du roman et les caractères excessifs des personnages. Je l’ai relu l’année dernière avec beaucoup d’intérêt et de plaisir.

Christine Fleuret


Ingrid nous a fait lecture de quelques poèmes :

Alexandre Pouchkine 1799 1837

              Obscurité

Tu quittas ces bords étrangers

pour revoir ta patrie lointaine.

Triste fut l’heure, inoubliable,

où longtemps tu me vis pleurer.

D’un geste mes mains transies

J’essayai de te retenir,

Je te suppliais, gémissant,

de ne pas écouter l’horreur de nos adieux.


Mais toi tu arrachas tes lèvres

A l’amertume des baisers.

Loin, loin de l’exil sépulcral, tu m’appelais vers d’autres rives,

Tu disais : « nous nous reverrons

Sous un ciel bleu, inaltérable,

Et nos lèvres se rejoindront

Sous de ramures d’oliviers »



Marina TSVETAIEVA

1892/ 1941 (suicidée)

Qui dort chaque nuit ? Personne ne dort !

L’enfant crie dans son berceau,

le vieillard est face à sa mort,

le jeune homme parle avec son amie,

le souffle à ses lèvres, les yeux dans ses yeux.


On s’endort – s’éveillera-t-on ici encore ?

On a le temps, le temps de dormir !


Un gardien vigilant, de maison en maison

Passe, un fanal rose à la main,

et, grondements saccadés par-dessus l’oreiller,

Sa crécelle violente va gronder :

- ne dors pas ! Résiste ! Je dis vrai !

sinon c’est le sommeil éternel !

sinon, c’est la maison éternelle


Vladimir Maiakovski 1893 – 1930

J’aime

Comme une flotte rentre au port,

Comme un train roule vers la gare,

Vers toi comment n’irai-je, alors

Je t’aime et fais de toi mon phare.


Ingrid a aussi partagé quelques "passions" :

auteurs russes

Boris pasternak, prix Nobel 1958. Le docteur Jivago, film en a été tiré avec Omar Sharif et Julie Christies.

Alexandre Soljenitsyne, le pavillon des cancéreux, décrit exercice de la médecine à cette époque.

Autour de la Russie :

Collection Morozov, fondation Vuitton, prolongée de 2 mois. Catalogue à Elsa Triolet.

Répine au Petit Palais, portrait de Léon Tolstoi. Le tableau les haleurs de la Volga a servi à illustrer Premier amour d'Yvan Tourgueniev. Sa datcha est à Bougival

Actualités culturelles :

Expo photo Steve McCurry, musée Maillol rue du Bac métro.

Année 2022,année Y Saint Laurent. Expos à Pompidou, au MAM, au musée Picasso, à fondation Pierre Berger, métro Alma Marceau.

À visiter, église orthodoxe russe, avant quai Branly, métro Alma Marceau. Peut-être balado visite, ou église orthodoxe ds 7ème.


« Enfance. Adolescence. Jeunesse » Léon Tolstoï


Une première œuvre de Tolstoï qui révèle le grand écrivain russe qu'il sera inspiré de son enfance et adolescence, de sa jeunesse, on y retrouve toute la vie en Russie de cette époque pour un garçon élevé dans un milieu bien sûr privilégié. Très belle écriture déjà, de belles descriptions de la nature,
es tâches journalières de la vie à cette époque dans la campagne, une maîtrise dans l'art d'expliquer ses sentiments, ses élans, ses remords et sa recherche d'absolu. Bref un grand classique que l'on lit tout jeune et qu'on relit avec plaisir des années plus tard.

Claude

« Volia Volanaia »
Victor Remizov
L'auteur contemporain nous amène dans la taïga orientale où les hommes vivent de la chasse, de la pêche et de la vente d'œufs de saumon, commerce illégal moyennant bakchich de 20 %. Suite à un incident, les autorités de Moscou s'en mêlent. Des militaires sont envoyés sur place et le héros d’un roman doit fuir et se réfugier dans la taïga. Le roman décrit bien la corruption à tous les niveaux de
la vie en Russie. On profite de merveilleuses descriptions et évocations de la vie de cette taïga hostile. On lit ça comme un polar, cela tient en haleine jusqu'au bout....Notre héros s'en tirera-t-il ?

Patrick



« Le jardinier d'Otchakov »  ANDREI  KOURKOV


C'est une histoire un peu loufoque qui nous fait voyager entre deux époques :
 l’Ukraine actuelle où le narrateur, trentenaire désœuvré, a un copain hacker et l'an 1957 dans la petite ville d'Otchakov au bord de la mer noire où l'on retrouve la corruption et la mafia.
Nous faisons des va et vient entre 1957 et 2010.
Ce livre parle de chômage, d'ennui, d'alcool mais il n'est pas triste et réserve une fin heureuse.

Hélène




« Un héros de notre temps »,
Mikhaïl LEMONTOV

paru en 1840 s’inspire de beaucoup de situations vécues par l’auteur, envoyé en exil par le tsar Nicolas I

Le personnage principal, parfois narrateur, Alexandrovitch Petchorine est un fils de famille, vivant sans foi ni loi, en constant mouvement et éternel insatisfait. Le récit émaillé de superbes descriptions du Caucase traversé ,nous emmène de villes d'eau où évoluent de belles princesses, aux garnisons de militaires à la vie rude en passant par les montagnards frustes ,les contrebandiers prompts à dégainer. Les femmes ont une place importante dans le récit, séduites, enlevées qu'elles soient d'origine aristocratique  ou sauvageonnes du pauvre peuple

Foisonnant, déroutant, c’ est un roman fascinant qui préfigure les grands romans russes .

Monique



Nicolas GOGOL  naît en 1809 en Ukraine dans une famille de nobles paysans à fortune limitée

Son père meurt quand il est adolescent et il reçoit de sa mère une éducation pieuse qui fera de lui un grand mystique , il est persuadé transmettre des paroles et des messages divins .

.Il arrive à Saint Petersbourg, la ville de Pouchkine que Gogol admire et qui l'incitera à écrire ; Gogol devient une des figures principales de l'Age d'Or de la Littérature russe et un des fondateurs de la Comédie dans cette littérature 

Il commence par écrire de la Poésie ,et dans les années 1830-1840 alors que la poésie est écartée ,  toujours sous l'influence de Pouchkine ,il écrira de la prose et des romans

Gogol est un angoissé,un inquiet pour le salut de son âme , c'est un être totalement déséquilibré qui mettra le feu à quelques unes de ses œuvres et notamment à la dernière version des "Âmes Mortes" quelques semaines avant sa mort en 1852. Il sers toujours à la recherche de l'absolu et toujours dans l'incapacité de le trouver .; il se sent responsable face au Mal Humain et porte le poids de la misère humaine

« Le Nez »  paraît en 1836 

Dans cette nouvelle loufoque Gogol joue les illusionnistes  et nous fait miroiter tous les travers de la société russe de la première moitié du 19ème siècle, corruption, incompétence  des petits fonctionnaires ...

Kovaliov, assesseur de Collège fonction honorifique et futile, un matin, perd son Nez !   qui : " en somme ne lui manquerait pas tant ..sauf pour ses conquêtes féminines   ..! Et aussi car il s'agit d'une révolte d'une partie du corps qui affirme : " Je suis moi et l'on ne va plus me respecter, me maîtriser quelle humiliation "

S'en suivent, déambulations comiques  et plaintes  pour retrouver ce précieux appendice  et l'occasion de peindre  ces serviteurs de l'Empire qu'ils soient policiers, journalistes ou médecins  petits fonctionnaires tous sourds à sa quête.

Jusqu’au jour  ! Où le Nez reprend sa place ...et l'assesseur ses orgueilleuses conquêtes sociales et féminines.

Conclusion de Gogol : 

" Le Rire est une grande Chose, il n'enlève à personne ni la vie ni les Biens "

Christiane

 

Prochains groupes lecture 

Lundi 14 Mars : donc autour de la femme, du féminisme ...

Lundi 11 Avril : les auteurs espagnols


7



 

La Bâtarde d'Istanbul suite

 

Elif SHAFAK est une écrivaine turque, née en 1971 à Strasbourg (France). Elle appartient à une élite moderniste. Elle a passé son enfance dans divers pays du moyen–orient avec une mère diplomate, et poursuivi des études supérieures aux USA. Mariée à un journalise, elle est mère de deux enfants.

En 2007, elle s’exile à Londres suite à la sortie de l’ouvrage dont nous traitons. Mise en examen, par l’état turc, il lui a été reproché de porter atteinte à l’intégrité nationale en évoquant le génocide arménien de 1915.

C’est l’écrivaine la plus lue en Turquie. De confession soufi, elle a reçu en 1998, le prix RUMI, pour son livre « PINHAM », qui récompense le meilleur ouvrage littéraire mystique turc.

Polyglotte, elle a écrit une trentaine de livres dont treize en langue turque, neuf en français, cinq en anglais et deux en allemand. Son dernier ouvrage en 2021 « l’ile aux arbres disparus », traite du statut politique de Chypre, ce qui lui vaut des critiques réprobatrices de nationalistes turcs.

Féministe, elle aborde « courageusement » dans ses écrits la condition féminine dans une société où la sexualité est taboue, qu’elle traite de manière romancée dans « la batarde d’Istanbul ». L’intrigue du roman se passe de part et d’autre de deux pays, la Turquie et les USA, dans deux univers culturels traditionnels, dans deux familles, turque et arménienne, séparées par la question du conflit turco-arménien de 1915.

De manière plus large, cet ouvrage montre « un va et vient » entre des traditions et des modernités, une transmission intergénérationnelle contradictoire et ambiguë faite de bricolages de valeurs et de comportements de soumission qui s’entrelacent avec des ressources modernes principalement la liberté des femmes. La place de l’homme est remise en question, des stratégies féminines se font jour, marquée par une forte solidarité féminine mais paradoxalement l’homme bien que inexistant ou parfois invisible, reste au centre des préoccupations de ces femmes.

Au delà, de cette ambiance apparemment touchante, au cœur d’inextricables liens entre ces deux familles, une transgression, celle de l’inceste, une pratique déshonorante qui touche à l’honneur  de la famille. La « batarde d’Istanbul » parle d’une naissance illégitime en dehors du mariage qui cache un tabou plus grave, celui de l’inceste, et celui qui le transgresse doit payer et laver son honneur.

On relève dans le roman, de manière transversale, la dénonciation d’une radicalité islamiste qui rapetisse la pensée intellectuelle moderniste et séculaire. La religiosité est hybride et sert de refuge culturel.

L’auteur ornemente ce roman d’une profusion de descriptifs gastronomiques, une façon de montrer les liens ancestraux entre ces deux familles, avec peut-être le souhait d’un dialogue interculturel entre les sociétés turque et arménienne.

Hamida

 

Les lectures de Janvier 2022


 Autour de : "La bâtarde d'Istanbul" de Elif Shafak

Nous avons commencé nos échanges autour du livre :

« la bâtarde d’Istanbul » de Elif SHAFAK,   

auteure turque, exilée depuis la sortie de ce livre. Elle est originaire de l’élite turque, sa mère était diplomate, elle est née à Strasbourg. Elle est passée en justice et vit à Londres où elle continue à écrire. Elle a publié une trentaine de livres, en turc, son dernier ouvrage est sur Chypre. C’est une féministe et militante LGBT, engagement qui lui est reproché.

Nos échanges autour de la batarde d’Istanbul sont difficiles à traduire ici. Cette histoire se situe dans le contexte du peuple turc et du peuple arménien. L’auteure y aborde la question des tabous, des secrets. On retrouve ce mélange de valeurs traditionnelles et de modernité, avec du religieux un peu hybride. On y retrouve aussi la vie des cafés où se mène la réflexion intellectuelle.

La narration est toujours dans ce mélange de culture et la place accordée à la nourriture y est grande. Les hommes sont absents dans ce livre. C’est un monde de femme dans le contexte du patriarcat ; de très beaux portraits de ces femmes toutes si différentes et attachantes.

Sans être jamais critique de l'une ou l'autre culture l'auteure nous fait sentir la large faille existant, le tiraillement de la société turque entre le passé ottoman et le désir de modernité et d'Europe  Un fossé de part et d'autre du Bosphore, un fossé entre la modernité outre atlantique, la diaspora arménienne et le poids des traditions Stambouliotes

Sous le toit de ce gynécée  toutes les variantes sont présentes, sur quatre générations, toutes avec leurs contradictions et avec tolérance; dans le récit une famille de chaque origine est évoquée.

Zeliha  impétieuse ,délurée et transgressive au sein de cette famille   , elle même tiraillée à son insu par sa détermination à avorter et son "empêchement" dû à Allah ! elle entend l appel à la prière et interrompt l'action du médecin 


Ont suivi la présentation des livres de chacun et chacune


« La papeterie Tsubaki » Ito OGAWA

Hatoko a vingt-cinq ans, elle reprend la papeterie de sa grand-mère Mais surtout elle fait ses premiers pas comme écrivain public,

Le choix des mots, mais aussi la calligraphie, le papier, l'encre, l'enveloppe, le timbre, tout est important dans une lettre.

L’écriture verticale ou horizontale ?
Quel système d'écriture, les kanji, l'hiragana, le katakana ? Ces différentes écritures pour un même mot, peuvent avoir des significations. 

Hatoko répond aux souhaits même les plus surprenants de ceux qui viennent la voir : elle calligraphie des cartes de vœux, des missives qui font sourire, une vieille femme qui désire une lettre de condoléance pour ses voisins pour la mort de leur singe ; pour une fillette un billet doux pour son instit ; pour un mari cocu un faire part de divorce des plus courtois ; pour un fils, une lettre écrite du paradis pour sa mère......

Elle participe ainsi au bonheur des gens.

Magie de l'écriture japonaise, raffinement extrême dans les détails, qui en même temps traite de sujet très sérieux
Ce récit tout en délicatesse est magnifique, surtout quand on pense qu'il se passe aujourd'hui, à l'ère Internet.

Une atmosphère très « zen ». On s’y détend

Anne


« Gabriële » de Claire et Anne Berest 

Biographie d'une partie de la vie de Gabriële Buffet épouse du peintre Francis Picabia (et arrière grand-mère de Claire et Anne Berest), notamment la période allant de 1910 à 1918. Une personnalité extraordinaire qui a cotoyé tous les artistes de cette époque : peintres, poètes.....Tous ces personnages qui ont amené les bouleversements de l'art du 20ème siècle : Picasso, Duchamp, Appolinaire, Breton, etc...., période du mouvement Dada avec Tristan Tzara. Femme complètement oubliée mais qui a été la muse de nombreux de ces artistes, il serait dommage qu'elle tombe complètement dans l'oubli. Les auteures ont une écriture claire, fluide, c'est très agréable à lire.

Claude


« Le portrait de Dorian Gray » d'Oscar Wilde  


Un classique que presque tout le monde a lu dans sa jeunesse et qu'il est bon de redécouvrir des années plus tard. Une description des caractères des personnages et notamment de ce Dorian d'une très grande finesse et de la société britannique de l'époque victorienne qu'Oscar Wilde n'épargne pas. C'est d'une justesse cruelle et assez diabolique à travers l'histoire du tableau de ce magnifique jeune homme dont le portrait devra veillir à sa place lui permettant de conserver outrageusement sa jeunesse et sa beauté. A relire sans modération.

Patrick



« 
La vérité sur la lumière » de Ava Ollafsdottir

Dijja appartient à une lignée de sage-femmes.

Elle est " mère de la lumière". A la mort de sa grand-tante, elle s installe dans son appartement, décide de mettre en ordre ses manuscrits et peut-être de les publier...

 

« La plus secrète mémoire des hommes »
de  Mohamed Mbongar San.
Prix Goncourt 2021

Un jeune écrivain sénégalais découvre un livre paru en 1938 : le labyrinthe de l inhumain. Son auteur n’a jamais publié d’autre ouvrage. 

Diegane Faye s’engage sur la piste du mystérieux écrivain, découvrant ainsi les tragédies du colonialisme et de la Shoah.

Christine


« la chance de leur vie » Agnès Desarthe

Cette écrivaine est agrégée d'anglais, traductrice. Elle a écrit des livres pour la jeunesse dont « Dans la nuit brune » qui a obtenu le prix Renaudot des lycéens en 2010.

Dans la chance de leur vie, une famille française part s'installer en Caroline du Nord. Lui va travailler dans une université, et faire des conquêtes. Elle peine à s'adapter, leur fils traverse une crise spirituelle.

Très bien écrit, très agréable à lire.

Ingrid

 

Pour terminer, Ingrid nous a fait la lecture du poème d'Aristide Bruant "le chat noir"

La lune était sereine
Quand sur le boulevard,
Je vis poindre Sosthène
Qui me dit : Cher Oscar !
D’ou viens-tu, vieille branche ?
Moi, je lui répondis :
C’est aujourd’hui dimanche,
Et c’est demain lundi...

Je cherche fortune,
Autour du Chat Noir,
Au clair de la lune,
À Montmartre !
Je cherche fortune ;
Autour du Chat Noir,
Au clair de la lune,
À Montmartre, le soir.

La lune était moins claire,
Lorsque je rencontrai
Mademoiselle Claire
À qui je murmurai :
Comment vas-tu, la belle ?
– Et Vous ? – Très bien, merci.
– À propos, me dit-elle,
Que cherchez-vous, ici ?

La lune était plus sombre,
En haut les chats braillaient,
Quand j’aperçus, dans l’ombre,
Deux grands yeux qui brillaient.
Une voix de rogomme
Me cria : Nom d’un chien !
Je vous y prends, jeune homme,
Que faites-vous ? – Moi... rien...

La lune était obscure,
Quand on me transborda
Dans une préfecture,
Où l’on me demanda :
Êtes-vous journaliste,
Peintre, sculpteur, rentier,
Poète ou pianiste ?...
Quel est votre métier ?