Lectures de mai 2025

 

   

La Musique



 Christine : "âme brisée" Akira Mizubayashi                                                    

Tokyo, 1938. Quatre musiciens amateurs passionnés de musique classique occidentale se réunissent régulièrement au Centre culturel pour répéter. Autour du Japonais Yu, professeur d’anglais, trois étudiants chinois, Yanfen, Cheng et Kang, restés au Japon, malgré la guerre dans laquelle la politique expansionniste de l’Empire est en train de plonger l’Asie.
Un jour, la répétition est brutalement interrompue par
l’irruption de soldats. Le violon de Yu est brisé par un militaire, le quatuor sino-japonais est embarqué, soupçonné de comploter contre le pays. Dissimulé dans une armoire, Rei, le fils de Yu, onze ans, a assisté à la scène. Il ne reverra jamais plus son père... L’enfant échappe à la violence des militaires grâce au lieutenant Kurokami qui, loin de le dénoncer lorsqu’il le découvre dans sa cachette, lui confie le violon détruit. Cet événement constitue pour Rei la blessure première qui marquera toute sa vie...
Dans ce roman au charme délicat, Akira Mizubayashi explore la question du souvenir, du déracinement et du deuil impossible. On y retrouve les thèmes chers à l’auteur
d’une langue venue d’ailleurs : la littérature et la musique, deux formes de l’art qui, s’approfondissant au fil du temps jusqu’à devenir la matière même de la vie, défient la mort. 

 


Anne : La Société des Jeunes Pianistes - Ketil Bjørnstad 

 

 La Société des Jeunes Pianistes, c'est le nom que s'est donné un groupe d'adolescents passionnés, à Oslo, à la fin des années 1960. A la fois amis et rivaux, ils ont en commun l'amour de la musique ; pourtant, un seul remportera le concours du " Jeune Maestro ". Tous vont subir une terrible pression de leur entourage, mais surtout d'eux-mêmes. La Société des Jeunes Pianistes est un roman initiatique, grave et subtil, qui évoque le désir, la vie, la mort. 

 


Cécile : "Opus 77" Alexis Ragougneau

Un jour, dans mille ans, un archéologue explorera ton refuge. Il comprendra que l’ouvrage militaire a été recyclé en ermitage. Et s’il lui vient l’idée de gratter sous la peinture ou la chaux, il exhumera des fresques colorées intitulées La Vie de David Claessens en sept tableaux. Je les connais par cœur, ils sont gravés à tout jamais dans ma médiocre mémoire, je peux vous les décrire, si vous voulez faire travailler votre imaginaire :
L’enfant prodige choisit sa voie.
Il suscite espoirs et ambitions.
Le fils trébuche, s’éloigne, ressasse.
Dans son exil, l’enfant devient un homme.
Le fils prodigue, tentant de regagner son foyer, s’égare.
Blessé, il dépérit dans sa prison de béton.
Mais à la différence des tapisseries de New York, ton histoire est en cours ; il nous reste quelques tableaux à écrire, toi et moi, et je ne désespère pas de te faire sortir un jour du bunker. La clé de ton enclos, de ta cellule 77, c’est moi qui l’ai, David. Moi, Ariane, ta sœur.

 

     "Anna et son orchestre" Joseph Joffo

Histoire d'une petite fille dont le violon, compagnon magique, va sauver la vie, Anna et son orchestre est aussi le récit haletant et multicolore d'une famille en cavale à travers l'Europe orientale... Celle de la Belle Époque, où les nuits de prince ne s'évanouissent au point du jour que pour renaître inlassablement, soir après soir, dans la fièvre et le tumulte, pour le seul plaisir de la fête.
Anna et son orchestre a été choisi par les auditeurs de R.T.L. pour le « ler Prix R.T L. Grand Public ».
Par Joseph Joffo, l'auteur du mémorable Sac de billes.

 

Christiane : "Un soir au club" Christian Gailly  


Les rechutes en général ne sont pas bénéfiques pour la santé, à l'inverse de celle que connaît Simon Nardis. Cet ancien pianiste de jazz avait renoncé à chauffer l'ambiance des clubs pour se recycler dans le chauffage industriel. Abandonner la musique, c'était échapper aux tentations de la nuit, de l'alcool, de la drogue pour retrouver une forme d'équilibre sous la protection bienveillante de sa femme Suzanne. Mais il a suffi d'un train raté à l'occasion d'un dépannage en province et d'un détour par un club de jazz pour que Simon replonge. Cette rechute a tout l'air d'une résurrection, car non seulement Simon fait la connaissance de jeunes musiciens qui se réclament du style qu'il a autrefois imposé, mais il rencontre la femme de sa vie. Sous l'apparence banale d'un fait divers en forme de conte moral, Christian Gailly, qui fut successivement musicien de jazz et psychanalyste, aborde dans ce onzième roman la question délicate du style, de musique, de vie, et impose l'évidence du sien : une façon inimitable de traiter avec légèreté des questions les plus graves.

 

 "Les variations de Goldberg" Nancy Huston 

Si tu invitais trente personnes chez toi, des êtres que tu as aimés et que tu aimes, pour t'écouter jouer au clavecin, pendant une heure et demie, " les Variations Goldberg " de Bach, et si ce concert se déroulait comme un songe d'une nuit d'été, c'est-à-dire si toi, Liliane, tu parvenais à faire vibrer ces trente personnes comme autant de Variations, chacune à un diapason différent - (il te faudrait pour cela osciller entre le souvenir et la spéculation ; il te faudrait surtout maîtriser tes peurs) - peut-être alors tous tes fragments de musiques s'animeraient-ils enfin dans une même coulée, et cela s'appellerait " Les Variations Goldberg, romance".
C'est ainsi que Nancy Huston caractérise elle-même son premier roman, sa première romance, une suite narrative adaptée à la structure des "Variations Goldberg" de Jean-Sébastien Bach.

 

Frédérique "Tous les matins du monde" Pascal Quignard  

Il poussa la porte qui donnait sur la balustrade et le jardin de derrière et il vit soudain l'ombre de sa femme morte qui se tenait à ses côtés. Ils marchèrent sur la pelouse.
Il se prit de nouveau à pleurer doucement. Ils allèrent jusqu'à la barque. L'ombre de Madame de Sainte Colombe monta dans la barque blanche tandis qu'il en retenait le bord et la maintenait près de la rive. Elle avait retroussé sa robe pour poser le pied sur le plancher humide de la barque. Il se redressa. Les larmes glissaient sur ses joues. Il murmura :
– Je ne sais comment dire : Douze ans ont passé mais les draps de notre lit ne sont pas encore froids."



    Constance : "corps et âme" Frank Conroy

 À New York, dans les années quarante, un enfant enfermé dans un sous-sol regarde les chaussures des passants. Pauvre, sans autre protection que celle d'une mère excentrique, Claude Rawlings semble destiné à demeurer spectateur d'un monde inaccessible. Mais dans la chambre du fond, enseveli sous une montagne de vieux papiers, se trouve un petit piano désaccordé. En déchiffrant les secrets de son clavier, Claude va se découvrir lui-même : il est musicien.
Ce livre est l'histoire d'un homme dont la vie est transfigurée par un don. Son voyage, jalonné de mille rencontres, amitiés, amours, le conduira dans les salons des puissants, et jusqu'à Carnegie Hall ...
La musique, évidemment, est au centre du livre - musique classique, grave et morale, mais aussi la pulsation irrésistible du jazz. Autour d'elle, en une vaste fresque foisonnante de personnages, Frank Conroy brosse le tableau fascinant, drôle, pittoresque et parfois cruel d'un New York en pleine mutation. 



Michèle : biographie de Miriam Makeba 


Véronique : biographie de Charles Aznavour

 

 

 



Muriel :  "Musique et République" aux archives Nationales. Méhul (Etienne, Nicolas) compositeur de l'époque révolutionnaire. Hymne guerrier 'le chant du départ"
Adolphe Sax (belge) il dépose le brevet du saxophone (1846)





Prochaines rencontres :

23 Juin : L'exil

Septembre : Nos lectures d'été

 

Vendredi 23 mai, première édition de "poésie sous les arbres"


Le soleil était presque au rendez-vous pour nous réchauffer sur le kiosque à musique Anne Sylvestre au square Stalingrad. 

Des poésies, d'ici et d'ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui. 

 Le tout accompagné de quelques douceurs

 

           Été

         Sème, sème l’été,

         sème des grains d’eau lumineux.

         Plante, plante l’été,

         plante des tiges d’eau frêles.

         Sème, sème, plante, plante,

         sème et plante dans le crépuscule.

         Qui ou quoi moissonnera les épis ?

         Qui ou quoi cueillera les fruits ?

         Est-ce le petit oiseau brûlé de soif

         venu des sylves gorgées de cours d’eau pure

         celée, celée sous des ronces ?

         Ou l’abeille qui est comme ivre de soleil

         et qui titube au cœur des branches ?          

         Ou la femme-enfant qui vient de dénouer sa chevelure

         et qui a lavé des effets au bord du fleuve ?

         Ou bien une source, quelque part, s’est-elle tarie

         au point que son jaillissement éteint regrette les fleuves ?

         Mais n’est-ce pas plutôt qu’un fleuve bruissant,

         ici ou là, n’arrive plus jusqu’au golfe,

         et n’arrive plus à grossir la mer ?

         Ou que la plantation de ceux qui sont sous la terre

         devient deux fois ombre dans les ténèbres ?

         Je crois, moi, que ce sont les plantes

         qui brûlent d’offrir à mes yeux parfois bleus,

         et brûlent d’offrir au jour frais éclos

         qui fermera ses ailes au seuil de la nuit,

         des épis et des fruits fécondés par l’été.

 

          Jean-Joseph RABEARIVELO

 

 

En grandissant

C’était il y a si longtemps.
Mon rêve je l’ai presque oublié.
Mais alors il était bien là,
Devant moi,
Vif comme un soleil…
Mon rêve.
Et puis le mur monta,
Il monta lentement,
Lentement.
Entre moi et mon rêve.

Il monta lentement, très lentement,
Obscurcissant,
Dissimulant,
L’éclat de mon rêve.
Il monta et toucha le ciel.
Oh! ce mur!

Ce fut l’ombre.
Me voilà noir.
Je suis couché dans l’ombre.
Devant moi, au-dessus de moi
L’éclat de mon rêve n’est plus.
Il n’y a que mur épais.
Il n’y a qu’ombre.

Mes mains!
Mes sombres mains!
Elles traversent le mur!
Elles retrouvent mon rêve!
Aidez-moi à briser ces ténèbres,
A fracasser cette nuit,
A rompre cette ombre,
Pour en faire mille rais de soleil,
Mille tourbillons de soleil et de rêve!

Langston HUGHES

 


El Desdichado

Je suis le Ténébreux, — le Veuf, — l’Inconsolé,

Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :

Ma seule Étoile est morte, — et mon luth constellé

Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

 

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,

Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,

La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,

Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

 

Suis-je Amour ou Phœbus ?... Lusignan ou Biron ?

Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;

J’ai rêvé dans la Grotte où nage la Syrène...

 

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :

Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée

Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

 

Gérard de Nerval 


Fièvre des iles

Le soleil s’est-il brisé sur ta tête
pour que tu sentes ses éclats s’enfoncer
dans l’arbre qui soutient ton dos,
puis vriller à sec dans les branches de ton corps ?
Ton crâne est un énorme fruit vert que mûrit
la canicule de tous les Tropiques –
de tous les Tropiques, mais sans la fraîcheur
de leurs palmiers ni de leur brise marine !
 
Ta gorge est sèche, tes yeux s’enflamment ;
et voici que tu vois, au-delà de ce que voient les hommes,
tous les Tropiques :
voici des makis parés comme des mariés ;
leurs quatre mains sont chargées de régime de bananes,
et chargées de fleurs jamais vues par ceux qui ne sont pas des gens
et, parmi leur voix heureuse de se baigner au soleil,
voici tout le tumulte des cascades.
 
Mais, simultanément,
est-ce la glace de la terre qui t’appelle
qui déjà t’enveloppe tout entier,
pour que tu sentes ce frisson à travers tout ton être,
et pour que tu sembles vouloir te cacher sous les nuages du ciel
et sous toutes les feuilles des sylves insulaires,
et sous toutes leurs lourdes brumes,
et sous les dernières pluies au parfum de lait brûlé.
 
Scelle fortement tes lèvres afin que n’en sorte
aucune des choses que tu vois,
mais que ne voient pas les autres !
Que te berce cet écho qui s’amplifie
dans tes oreilles,
lesquelles sont devenues deux coquillages jumeaux
où palpite la mer qui t’entoure,
ô jeune enfant des îles !

Jean-Joseph RABEARIVELO


Aux quatre vents


Aucun oiseau ne s'égare jusqu'à mon repaire,
pas de noire hirondelle porteuse de nostalgie,
pas de blanche mouette présage de tempête...
A l'ombre des rochers, ma sauvagerie aux aguets
est prête à fuir au moindre frisson, au moindre
pas...
Ma félicité s'estompe et bleuit en silence...
J'ai une porte pour chacun des quatre vents.
Une porte d'or vers l'est-pour l'amour qui jamais
n'arrive,
une porte pour le jour, une autre pour la 
mélancolie,
une porte pour la mort - elle reste toujours 
ouverte.
Edith Södergran


Les saltimbanques

Dans la plaine les baladins
S’éloignent au long des jardins
Devant l’huis des auberges grises
Par les villages sans églises.

Et les enfants s’en vont devant
Les autres suivent en rêvant
Chaque arbre fruitier se résigne
Quand de très loin ils lui font signe.

Ils ont des poids ronds ou carrés
Des tambours, des cerceaux dorés
L’ours et le singe, animaux sages
Quêtent des sous sur leur passage.

Guillaume Apollinaire, 

 

La grenouille

Lorsque la pluie en courtes aiguillettes rebondit aux prés saturés, une naine amphibie, une Ophélie manchote, grosse à peine comme le poing, jaillit parfois sous les pas du poète et se jette au prochain étang.
Laissons fuir la nerveuse. Elle a de jolies jambes. Tout son corps est ganté de peau imperméable. À peine viande ses muscles longs sont d’une élégance ni chair ni poisson. Mais pour quitter les doigts la vertu du fluide s’allie chez elle aux efforts du vivant. Goitreuse, elle halète... Et ce cœur qui bat gros, ces paupières ridées, cette bouche hagarde m’apitoient à la lâcher.

Francis Ponge

 

Les trois oiseaux

L’oiseau de fer, l’oiseau d’acier,
après avoir lacéré les nuages du matin
et voulu picorer des étoiles
au-delà du jour,
descend comme à regret
dans une grotte artificielle.

L’oiseau de chair, l’oiseau de plumes
qui creuse un tunnel dans le vent
pour parvenir jusqu’à la lune qu’il a vue en rêve
dans les branches,
tombe en même temps que le soir
dans un dédale de feuillage.
Celui qui est immatériel, lui,
charme le gardien du crâne
avec son chant balbutiant,
puis ouvre des ailes résonnantes
et va pacifier l’espace
pour n’en revenir qu’une fois éternel.

L’oiseau de fer, l’oiseau d’acier,
après avoir lacéré les nuages du matin
et voulu picorer des étoiles
au-delà du jour,
descend comme à regret
dans une grotte artificielle.

L’oiseau de chair, l’oiseau de plumes
qui creuse un tunnel dans le vent
pour parvenir jusqu’à la lune qu’il a vue en rêve
dans les branches,
tombe en même temps que le soir
dans un dédale de feuillage.
Celui qui est immatériel, lui,
charme le gardien du crâne
avec son chant balbutiant,
puis ouvre des ailes résonnantes
et va pacifier l’espace
pour n’en revenir qu’une fois éternel.

Jean-Joseph RABEARIVELO

 

 

Je suis un narcisse de Saron, Un lis des vallées. -

Comme un lis au milieu des épines, Telle est mon amie parmi les jeunes filles. -

Comme un pommier au milieu des arbres de la forêt, Tel est mon bien-aimé parmi les jeunes hommes. J'ai désiré m'asseoir à son ombre, Et son fruit est doux à mon palais.

Il m'a fait entrer dans la maison du vin; Et la bannière qu'il déploie sur moi, c'est l'amour.

Soutenez-moi avec des gâteaux de raisins, Fortifiez-moi avec des pommes; Car je suis malade d'amour.

Que sa main gauche soit sous ma tête, Et que sa droite m'embrasse! -

Je vous en conjure, filles de Jérusalem, Par les gazelles et les biches des champs, Ne réveillez pas, ne réveillez pas l'amour, Avant qu'elle le veuille. -

C'est la voix de mon bien-aimé! Le voici, il vient, Sautant sur les montagnes, Bondissant sur les collines.

Mon bien-aimé est semblable à la gazelle Ou au faon des biches. Le voici, il est derrière notre mur, Il regarde par la fenêtre, Il regarde par le treillis.

 Mon bien-aimé parle et me dit: Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens!

Car voici, l'hiver est passé; La pluie a cessé, elle s'en est allée.

Les fleurs paraissent sur la terre, Le temps de chanter est arrivé, Et la voix de la tourterelle se fait entendre dans nos campagnes.

Le figuier embaume ses fruits, Et les vignes en fleur exhalent leur parfum. Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens!

Ma colombe, qui te tiens dans les fentes du rocher, Qui te caches dans les parois escarpées, Fais-moi voir ta figure, Fais-moi entendre ta voix; Car ta voix est douce, et ta figure est agréable.

Prenez-nous les renards, Les petits renards qui ravagent les vignes; Car nos vignes sont en fleur.

Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui; Il fait paître son troupeau parmi les lis.

Avant que le jour se rafraîchisse, Et que les ombres fuient, Reviens!... sois semblable, mon bien-aimé, A la gazelle ou au faon des biches, Sur les montagnes qui nous séparent.

 

Prochaine édition : Mai 2026